Isis, Aset en égyptien, porte sur la tête le hiéroglyphe du trône, qui sert aussi à écrire son nom. On y a longtemps vu la personnification du siège royal, celle qui fait le roi ; l'explication est la plus répandue, mais des égyptologues la contestent, le nom et le mot ne se ressemblant pas assez.
Ce qu'elle incarne est plus simple que sa théologie : quelqu'un qui refuse de laisser un être aimé se défaire, et qui rassemble patiemment ce qui a été dispersé.
Isis apparaît dès les Textes des Pyramides, à partir de la Ve dynastie, vers 2350 avant notre ère. Elle y ressemble le corps d'Osiris, conçoit Horus et le protège dans les fourrés de papyrus du Delta. Elle agit par la parole et par la formule : son épithète est weret hekau, « grande de magie ».
Attention à une confusion très répandue : le récit détaillé que tout le monde connaît, avec le coffre piégé, les soixante-douze conspirateurs, l'épisode de Byblos et les quatorze morceaux, vient de Plutarque, qui écrit en grec vers l'an 100 de notre ère, soit plus de deux mille ans après les premiers textes égyptiens. C'est une mise en récit tardive, pas un document égyptien. Aucune source égyptienne ne donne le chiffre de quatorze.
Le culte d'Isis a bien voyagé hors d'Égypte : Délos dès le IIIe siècle avant notre ère, puis Rome, puis Pompéi, dont le temple d'Isis fut le seul édifice religieux entièrement reconstruit après le séisme de 62 et avant l'éruption de 79. Cela, c'est de l'archéologie.
En revanche, l'idée qu'Isis allaitant Horus aurait donné naissance à l'iconographie de la Vierge à l'Enfant est une hypothèse ancienne, jamais démontrée, et les spécialistes la disent ambiguë. Quant au fameux « voile d'Isis », il vient d'une inscription rapportée par Plutarque à Saïs, ville de la déesse Neith, et sa fortune tient surtout à Schiller en 1795 puis à la théosophie de Blavatsky en 1877.
Portée en pendentif ou gardée près de soi, la figure d'Isis accompagne les périodes de perte et de recomposition : un deuil, une séparation, une reconstruction lente.
C'est un symbole de ténacité tranquille plus que de puissance. Nous le présentons comme un objet d'intention, sans lui prêter d'effet démontré.