NEUVAINE NOTRE DAME DES MIRACLES
Notre-Dame des Miracles n'est pas le nom d'une apparition unique et localisée comme Lourdes ou Fatima. C'est un titre marial donné à plusieurs sanctuaires à travers le monde catholique, chacun portant la mémoire de grâces accordées en ce lieu de façon si répétée et si documentée que la communauté locale a fini par nommer l'endroit d'après ce qu'elle y avait vécu. Ce titre dit quelque chose de simple sur ce que la dévotion populaire attend de Marie : qu'elle intervienne là où les ressources humaines ordinaires ont trouvé leur limite.
Le miracle, dans la tradition catholique, n'est pas un tour de passe-passe ni une suspension arbitraire des lois naturelles. C'est un événement dont les causes naturelles sont insuffisantes à rendre compte et qui témoigne d'une intervention divine. La dévotion à Notre-Dame des Miracles repose sur des siècles de témoignages accumulés, de récits de guérisons, de situations retournées, de vies sauvées, que les sanctuaires ont consignés dans leurs archives et que les pèlerins ont continues de porter comme un patrimoine vivant.
Le sanctuaire de Notre-Dame de Grâces à Cotignac, dans le Var, est l'un des plus anciens et des plus chargés d'histoire de France. Tout commence en 1519 quand un paysan du village, Gaspard Ricard, voit Marie lui apparaître dans les collines boisées au-dessus du village et lui demander de faire construire une chapelle en cet endroit. La statue qui sera placée dans cette chapelle sera vénérée depuis lors sous le vocable de Notre-Dame de Grâces, et les grâces accordées en ce lieu seront si nombreuses que la tradition populaire ajoutera spontanément le titre de Notre-Dame des Miracles.
L'histoire la plus connue du sanctuaire de Cotignac est liée à la naissance de Louis XIV. Le roi Louis XIII et son épouse Anne d'Autriche n'avaient pas d'enfant après vingt-trois ans de mariage. En 1637, Louis XIII accomplit un pèlerinage à Cotignac, suivi quelques mois plus tard d'Anne d'Autriche qui y passe une nuit en prière. Louis Dieudonné, le futur Roi Soleil, naît le 5 septembre 1638, après vingt-trois ans d'attente. Louis XIV lui-même viendra en pèlerinage à Cotignac en 1660 pour remercier Marie. Le sanctuaire conserve les ex-voto royaux et les lettres de remerciement de la famille royale.
Cotignac est aussi le seul lieu en France où une apparition de saint Joseph a été officiellement reconnue par l'Église. Le 7 juin 1660, un berger du village nommé Gaspard Ricard, homonyme de celui de 1519, voit saint Joseph lui apparaître sur les rochers au-dessus du village. Joseph lui indique l'emplacement d'une source et lui dit de boire de cette eau. Cotignac est ainsi le seul sanctuaire en France dédié à la fois à Marie et à Joseph, deux apparitions séparées de plus d'un siècle dans le même village de Provence.
Cette double présence de Marie et de Joseph en un même lieu a donné à Cotignac une place particulière dans la dévotion catholique, notamment dans le contexte de la redécouverte de saint Joseph au XXe et XXIe siècles. Le pape Jean-Paul II y a envoyé un pèlerinage en 2000. Le pape François y a fait des envois de représentants. Le village de quelques centaines d'habitants accueille chaque année des dizaines de milliers de pèlerins venus de toute l'Europe.
Notre-Dame des Miracles est invoquée dans toutes les situations où les voies ordinaires semblent bloquées. Les guérisons que la médecine ne parvient pas à expliquer, les situations de stérilité après des années d'attente et d'examens médicaux, les maladies graves dont le pronostic est sombre, les crises familiales dont personne ne voit l'issue. Elle est aussi invoquée pour les conversions de coeurs endur-is, pour les personnes éloignées de la foi depuis longtemps, pour les réconciliations qui semblent impossibles entre des personnes ou des familles que des années de blessures ont séparées.
Ce qui caractérise la dévotion à Notre-Dame des Miracles, c'est précisément le fait qu'elle s'adresse à des situations qui ont déjà tout essayé. Ce n'est pas la première prière qu'on formule dans une difficulté ordinaire. C'est celle qu'on formule quand on a épuisé les autres recours, quand on ne sait plus vers qui se tourner, quand l'espérance humaine a atteint sa limite et qu'il ne reste plus que la confiance nue en une intervention qui dépasse ce qu'on peut raisonnablement espérer.
Les sanctuaires de Notre-Dame des Miracles, comme tous les lieux de pèlerinage anciens, ont accumulé au fil des siècles des ex-voto, ces plaques, tableaux, objets et lettres laissés par des pèlerins en remerciement d'une grâce reçue. Ces collections sont une forme de mémoire collective de la prière exaucée : maladie guérie, accident évité, enfant retrouvé, famille réconciliée. Les ex-voto ne sont pas des preuves scientifiques, mais ils sont des témoignages humains accumulés sur la durée, et leur accumulation dans un même lieu dit quelque chose de la relation particulière qui s'est tissée entre ce sanctuaire et ceux qui y ont prié.
La pratique de laisser un ex-voto est une des plus anciennes de toute la religion populaire, bien antérieure au christianisme. Elle dit : il s'est passé quelque chose ici, entre moi et quelque chose de plus grand que moi, et je veux que ça reste écrit quelque part. Cette mémoire des grâces passées est elle-même une invitation à la confiance pour ceux qui viennent aujourd'hui avec leur propre demande.
La prière à Notre-Dame des Miracles peut prendre la forme d'une neuvaine, neuf jours de prière consécutifs en confiant une intention précise à Marie et en lui demandant d'intervenir là où les ressources humaines ont trouvé leur limite. Elle peut aussi prendre la forme d'un pèlerinage au sanctuaire de Cotignac ou dans un autre lieu placé sous ce vocable, avec le geste concret de se mettre en route pour aller prier à un endroit précis, geste qui dit en lui-même quelque chose de la confiance.
Pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer, la prière devant une image de Notre-Dame des Miracles, accompagnée du chapelet ou d'une prière spontanée, est tout aussi valide. Ce qui compte est l'acte de confier réellement, pas symboliquement, la situation à Marie en lui reconnaissant le pouvoir d'intercéder là où nous ne pouvons plus rien. Cet acte de confiance est déjà lui-même une forme de guérison, celle de cesser de tout porter seul.