La vraie question n'est pas "est-ce que je transmets quelque chose" : on transmet toujours quelque chose, voulu ou non. La vraie question est "est-ce que je transmets des outils ou des certitudes ?"
Un enfant qui grandit avec des outils construira sa propre voix intérieure. Un enfant à qui on dit ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas dans le domaine spirituel grandit avec des réponses empruntées qu'il devra peut-être défaire à grands frais à l'adolescence.
Avant qu'on leur enseigne quoi que ce soit, les enfants ont déjà une relation au monde invisible. Ils parlent à des présences que les adultes ne voient plus. Ils s'arrêtent devant une pierre avec une intensité qui ressemble à de la reconnaissance. Ils posent des questions sur la mort avec une franchise déstabilisante, sans l'angoisse que les adultes y mettent.
Ce rapport naturel au monde n'a pas besoin d'être créé. Il a besoin d'être respecté plutôt que corrigé, nourri plutôt qu'encadré. Le premier geste de transmission spirituelle n'est pas d'enseigner mais de ne pas éteindre ce qui est déjà là.
Il commence quand on ne tolère plus le doute, la question, le désaccord. Un enfant qui grandit dans une maison spirituelle ouverte peut très bien devenir agnostique ou athée à l'adolescence : c'est au contraire la preuve qu'il a été suffisamment libre pour chercher sa propre vérité. Ce n'est pas un échec de transmission. C'est une réussite éducative.
Ce n'est pas une tradition particulière. C'est la capacité à chercher, à ressentir, à se poser des questions et à vivre avec le mystère sans en avoir peur. La spiritualité des parents devient un problème quand elle devient une obligation identitaire à laquelle l'enfant n'a pas le droit de se soustraire. Ce poids peut prendre des années à se défaire. Aucune tradition n'a l'exclusivité d'une vie intérieure riche. Et aucun enfant ne devrait en hériter comme d'une dette.